De Paris en piscine Le blog de Papillonista

Quelle journée !

les livres bleu gris foncé sont ceux de cet éditeur  Qui a commencé hier dans la nuit : ma connexion internet qui déconne, et qui tout simplement n’existe plus. Au matin, c’était pareil: j’essaie de réinitialiser, rien à faire, je me branche sur le wifi du voisin, rien à faire non plus (le voisin m’inquiète, je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois, mais il était là, il y avait de la luce chez lui, et je l’aperçois il y a quelques jours, il avait changé au point que je lui ai demandé des nouvelles de lui-même, croyant qu’il était un autre, quelque locataire nouveau…non, c’était bien lui… il semble ne jamais quitter son logement, il se fait livrer, et , ou bien il est en pleine dépression, ou bien il travaille assidûment à quelqu’ ouvrage méga important… il est devenu très gros, pour tout vous dire… pourquoi est-ce que je parle du voisin ? je ne sais pas…) . Donc, puisque ce n’était pas mieux, aujourd’hui, avec impossibilité de me connecter à internet et de voir mes mails, je me rends dans la boutique la plus proche de mon fournisseur d’accès, non sans constater que c’est l’été tout simplement, et que tout le monde est en tee shirt , voire à poil  hihi  … 🙂 dans la rue. Après pas mal d’attente (les gens sont tous là pour la même raison, leur connexion internet a crevé), j’apprends que c’est général, pour tous les fournisseurs d’accès , pour mon quartier, une partie de Paris, et qu’on va me prêter une clé 4 G pour avoir internet, car la panne peut durer jusqu’à 8 jours.  🙁  comment vivre sans internet ? je me prépare à essayer, néanmoins. 

Je vais donc à la piscine presque à pieds, à l’autre bout de Paris, pour constater que les horaires ont changé, une fois de plus, que les enfants occupent le terrain quasiment toute la journée, qu’il y a 1 h 15 environ pour nager pour les autres dont je fais partie, et que c’est plus bondé que jamais. Un peu pénible quand même, mais bon, ne nous plaignons pas, sinon ILS vont nous sucrer ça… 🙂  . Cela fait plusieurs mois que je travaille à quelque chose et que je vais maintenant recueillir les fruits de ce travail, que ça va me dégager du temps pour un autre travail entrepris, et donc je suis assez sereine. Ensuite je rentre tranquillement à pieds chez moi, traversant la moitié de Paris, excellente liberté ! 🙂 je me rends compte que tout cela, malgré la foutue pandémie , et malgré pas mal de ratages laissés derrière moi, constitue une sorte de bonheur: d’autant plus que j’ai appris par les journaux que 2020, malgré sa mauvaise réputation,  était l’année où le monde avait atteint un niveau de vie jamais égalé…          🙂  quelle bonne nouvelle !

Je rentre chez moi et je me rends compte que j’ai perdu mes clefs !  je fouille dans mon sac comme une malade : rien ! Mon Cheval était chez sa Chevalette , quant à mon Mari, il prend des vacances actuellement , confiné dans le midi… 🙂 pas le temps d’attendre qu’il m’envoie des clefs, il ne revient que le 1er avril, c’te bonne blague !   … 🙂 

Je venais d’acheter une pizza chez un restaurant du bord des rues, toute chaude, et même plus envie de la manger, juste très très enquiquinée, avec la perspective d’enfoncer ma porte, parce que je ne vois pas quel serrurier va se déplacer pour moins de 600euros, et que je vais faire son travail plutôt mieux que lui,  mais je n’ai pas d’outils !  mes outils sont enfermés chez moi, c’est idiot ! je devrais laisser les outils cachés à proximité, me dis-je … (non, c’est idiot ! ) 🙂 la dernière fois que j’ai défoncé une porte qui refusait de s’ouvrir (ce n’était pas chez moi), j’ai carrément, avec une amie, percé un trou dans le gras du bois, de manière à passer une main, et ça nous avait pris au moins 2 heures … 🙂  pas un outil, rien, et personne dans l’immeuble qui possède ne serait ce qu’un tournevis , c’est étrange… 🙂 je vais chez les keufs, mais c’est une mauvaise idée, les keufs ne peuvent rien pour moi, ils n’ont même pas un tourne-vis au commissariat, ou alors ils refusent de le prêter,  🙂  et je note que tout le monde a l’air assez démobilisé, dans ce commissariat, sans doute se reposent ils entre 2 interventions , en profitant de la paix induite par les  couvre-feux nocturnes qui s’étendent aux activités diurnes, tout le monde étant plutôt calme sauf les week ends (à Paris en tous cas) . j’envisage d’aller emprunter des outils aux pompiers … 🙂 

Me voilà en train d’errer dans les rues, en me demandant comment je vais trouver des outils, j’interroge 2 ou 3 personnes qui prennent l’air à des balcons en fumant, c’est à croire que personne ne possède le moindre tourne-vis chez soi … je tourne dans mon quartier, tout est fermé, presque, et c’est alors que je vois un curé en soutane marchant d’un pas vif vers le métro  couvert des pieds au cou par l’habit clérical terminé par les gros croquenots  qui sont ceux des prêtres cathos de toute éternité , qui sort d’un ventre de  l’église Saint Nicolas du Chardonnet : je me précipite vers lui et lui fait part du problème, et le voilà qui m’emmène jusque dans la cour arrière de l’église, où il disparait par une porte dérobée tandis que je l’attends . On entend de la musique dans l’église, et des voix. Le saint homme réapparait 5 minutes après avec un autre prêtre à qui j’explique l’affaire, en lui disant qu’en fait j’aurais besoin d’un burin , un gros, et d ‘un marteau …le premier curé écoute tout ça en hochant la tête et en me disant discrètement « il est bricoleur » … 🙂 donc le second personnage disparait, tandis que le premier quitte les lieux en me saluant , et j’attends encore une poignée de minutes. Le second curé revient avec un énorme marteau et 2 non moins énormes burins qui me semblent être exactement ce dont j’ai besoin pour pulvériser ma porte, personne ne m’empêchera de rentrer chez moi , même si ça doit durer ce que ça doit durer. J rentre donc chez moi, avec 2 burins et un marteau plus gros que moi, et voilà que je rencontre des gens de l’immeuble, dans l’entrée, qui me disent qu’ils ont retrouvé mes clefs sur ma boite à lettres dans la journée … 🙂 qu’ils ont mises de coté…trop heureuse ! 🙂  je leur embrasse les mains (presque), et m’en vais restituer les outils au curé de l’église Saint Nicolas , et tout est bien qui finit bien, Vive l’église !  et les prêtres bricoleurs ! hihi  🙂  et , cerise sur le gâteau, quand je rentre dans mon home sweet home, la connexion internet marche parfaitement, les réparations ont été faites, et je peux écrire ce blog .  🙂

Hier, je suis passée rue Lacépède, tout près de la place de la Contrescarpe, et je vois qu’une boutique où l’on peut acheter de la poésie au gramme , a ouvert il y a 3 mois. (ce sont les photos jointes à ce blog). C’est la librairie « Lettres » , magnifique boutique . le gars qui tient ça est algérien, et il est éditeur: ses éditions, ce sont les livres dont la couverture, sobre, est d’un bleu gris foncé très classe . (ça m’a rappelé une autre librairie /maison d’édition, (José Corti), qui était le long du jardin du Luxembourg, peut être la rue Médicis, qui éditait les oeuvres de Julien Gracq et d’autres mystérieux bouquins, de poèmes, etc… quand on entrait dans la boutique, c’était comme d’entrer dans un couvent , avec certaines manières, et on se doutait que ce lieu était chargé  d’étrangetés , dont les livres étaient les passeurs … 🙂 pendant des années je me suis attendue à trouver quelques clefs ésotériques , notamment chez Julien Gracq, et dans d’autres ouvrages de cette étrange librairie, et puis je crois qu’elle a disparu, et je n’y suis plus allée. La dernière fois que j’avais passé la porte, ça avait été pour acheter un livre de poèmes de je ne sais plus quel auteur distingué, (peut être Mandelstam, mais pas sure) et pour l’envoyer anonymement à un beau garçon qui me plaisait et qui avait, lui même, édité un mince recueil de poèmes en alexandrins … il n’a jamais su que c’était moi, car aussitôt après, je me suis désintéressée de lui, avant de lui avouer quoi que ce soit, 🙂  et mon Cheval a pensé que c’était un cadeau d’adieu en réalité, alors que moi je croyais que c’était un cadeau de bienvenue d’énigme … 🙂 non, je ne vous dirai pas qui c’est … 🙂  un beau garçon sportif et poète, voilà  … 🙂

Une espèce rare , hihi , encore que…il y en avait un qui avait l’air comme ça, à la piscine aujourd’hui, bien foutu, un peu tatoué , bon nageur et  visage tendre  🙂 

Donc, dans cette boutique , on peut aussi acheter des poésies au gramme , et des petits bristols sur lesquels sont écrits des poèmes, au cas où vous ne voudriez pas vous charger d’un livre entier.  même s’il tient dans votre poche comme quand vous aviez 20 ans; les livres édités par ce monsieur coûtent environ 28 euros, ensuite il y a toutes les collections de poésie que l’on connait et qu’on a chez soi quelque part, mais aussi des petits bouquins minces, qui coûtent archi rien du tout, 1,90 eu pour  » les Fleurs du Mal  » et « Petits Poèmes en Prose » de Baudelaire, que j’ai achetés , et pleins d’autres. vraiment pas chers, et je me suis mise à lire ça dans la nuit, ce qui m’a entrainée assez tard… 🙂 un des petits poèmes en prose parle des petites vieilles toutes cassées qu’on voit dans la ville— au 19ème siècle —(tout le bouquin respire le 19ème siècle, ne serait ce qu’avec la simple répétition des mots « les faubourgs » … on les voit encore, les faubourgs de Paris, qui sont maintenant parsemés des constructions très modernes du 20ème siècle, mais les faubourgs subsistent encore, par pans, par exemple des parties de la rue de Bagnolet— et aussi je ne pouvais pas m’empêcher de les voir à travers tous les peintres de l’époque de Baudelaire— ça et encore ça… et donc, de ces petites vieilles ,célébrées par Baudelaire en passant,  on peut encore en rencontrer, mais ils se raréfient énormément, quelques spécimen, de par les rues … 🙂 des octogénaires, dit le poète en signature … il y avait des petites vieilles OCTOGÉNAIRES,  au 19ème 🙂 

(A noter que j’apprends aujourd’hui qu’un agriculteur italien s’est amusé , avec son tracteur, à reproduire la tête de Baudelaire dans son champ… la ressemblance , c’est celle de la photo que tout le monde connait…  et je ne sais pas ce qu’il a fait pour que les yeux soient aussi transperçants —le reste des traits est du champ labouré—il faut regarder tout ça de haut, de loin…  🙂   les italiens  sont des artistes … 🙂  )

Bref, si vous pouviez, au cas où vous passeriez par la place de la Contrescarpe , emprunter la rue Lacépède et là, juste au début, presque sur la place, acheter un livre ou deux à ce libraire… je lui ai demandé si ça marchait, s’il arrivait à s’en tirer, eh bien pas tellement…si ça continue, il va fermer…et que va t il faire ? continuer son activité d’imprimeur . Tant mieux… je suis sure qu’il connait toute la diaspora algérienne intellectuelle qui vit à Paris, ou entre Paris et Alger…  les algériens héroïques , écrivains, journalistes (comme ce journaliste que le Pouvoir algérien a fini par libérer de prison il y a quelque semaines, on l’a entendu à la radio, c’était un keum remarquable  , tous ces mecs et ces femmes bien qui luttent contre la crétinerie ambiante , tout comme nous le faisons nous aussi, ici, un tant soit peu, et c’est pourquoi il faudrait sauver cette librairie  … complètement anachronique, certes… c’est pourquoi … c’est déjà dur pour les libraires, alors pour une librairie consacrée pour le principal à la poésie, et à des textes un peu élaborés, imaginez…  j’ai entendu today à la radio que de toutes façons les gens, même confinés, lisent de moins en moins (les consoles de jeux les appellent) , et plutôt  des journaux, s’ils lisent quelque chose d’autre que leurs portables… de toutes façons, c’est la loose… 🙂 une nana était interviewée : elle n’avait même pas réussi à lire un livre en 2020… elle en avait commencé un, l’avait abandonné, puis repris, puis laissé tomber… navrant, quoi … 🙁   dans la Lettre de ‘ »Causeur » d’aujourd’hui, un témoignage émouvant d’un mec d’origine algérienne, qui a envoyé une lettre de soutien au prof de philosophie de Trappes , qui lui même l’a transmise à Causeur , je suppose … 🙂  

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LE REVENANT

Comme les anges à l’oeil fauve

Je reviendrai dans ton alcôve

Et vers toi glisserai sans bruit

Avec les ombres de la nuit ;

 

Et je te donnerai, ma brune,

Des baisers froids comme la lune

Et des caresses de serpent

Autour d’une fosse rampant.

 

Quand viendra le matin livide,

Tu trouveras ma place vide,

Où jusqu’au soir il fera froid.

 

Comme d’autres par la tendresse,

Sur ta vie et sur ta jeunesse,

Moi,  je veux régner par l’effroi. 

 

(Charles Baudelaire) 

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